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Création et Réalisation D.M.Chetti - © Jamel Tourisme Collo - Octobre 2005 - Site Actualisé le : 25/02/2008

Sur les pas de Saint Augustin. Voyage guidé au cœur de la cité de Dieu
Voyage groupe chinois du 28 janvier au 01 février 2006

"Evêque, il est le plus célèbre des pères de l’église chrétienne. Rhéteur, il est un opposant farouche au manichéisme, au donatisme et au pélagianisme. Grammairien, c’est avec lui que la littérature latine a connu ses années de lumières. Ses œuvres, notamment « la cité de Dieu », « les confessions » ou encore « le traité de la grâce » ont marqué l’histoire de la pensée théologique à travers les âges. Lui, c’est Saint Augustin. Notre Journaliste, en compagnie d’un groupe de touristes de la République de Chine, est allé sur ses pas et traces pour nous faire découvrir une partie de l’histoire de l’Algérie et de l’humanité. "

Nous arrivons à Annaba un samedi après midi. Il fait beau ce jour là bien qu’on soit un 28 janvier. La coquette se laisse caresser par les rayons d’un soleil timide mais chaleureux qui semble, lui aussi, profiter malicieusement de ces instants avant d’aller mourir là-bas, derrière les monts de l’Edough. .
Le moment est propice pour le groupe de touriste chinois que j’accompagne dans le cadre d’un Eductour de découvrir la corniche Annabis. Notre bus traverse le célèbre « cour de la révolution », centre névralgique de la ville. Bien que ce ne soit pas l’affluence estivale, les terrasses des crèmeries, cafés et pizzerias ne se désemplissent pas. Le « cour » est une longue esplanade boisée au milieu de deux artères. De part et d’autres, les plus importants édifices publics tels l’hôtel de ville, les principales banques et le célèbre théâtre régional. Des chefs d’œuvre de style colonial. L’esplanade se termine par l’imposant Plaza, un 5 étoiles. Le plus important établissement hôtelier de la région est de l’Algérie.
Juste après, la plage de Kouba est là, avec son boulevard front de mer large et bien entretenu.
A notre gauche, de belles résidences et établissements touristiques tous peints au blanc. A notre droite, une esplanade de plusieurs kilomètres qui se termine par une succession de plages avec d’étendues surfaces de sable. Une Dizaine de couples et de familles ont pris place autours de tables dressées à même la lisière des vagues. Les bancs de l’esplanade sont, eux, tous occupés par des couples d’adolescents ou des groupes de jeunes des deux sexes venus fuir le stress des villes voisines. D’autres annabis déambulent sur le boulevard qui, seul, qui, avec son caniche, comme Afaf , une jeune bônoise de 35 ans habitant le quartier populaire limitrophe.
Notre bus prend le chemin de la corniche. Destination Ras El Hamra, ce lieu mystique de pèlerinage des annabis et de tous ceux en quête de la bénédiction des saints protecteurs de la cité.
Ras El Hamra est là haut, la colline qui domine cette partie de la baie bônoise. Sur le bas coté de la route, en face de la mer, les cafétérias se succèdent aux hôtels en chantiers. L’accensions du bus s’arrête au pied du phare. Notre groupe se mêle aux jeunes couples qui se sont retirés ici pour se dire des choses douces sur l’amour et autres choses de la vie. La tradition veut que les annabis viennent ici faire, entre deux rituels, des vœux que « la salih » des lieux aide à exaucer. C’est ici aussi que de grands maîtres du malouf venaient dans leur enfance s’initient au sol et au nouba.

La basilique et les ruines d’Hippone.
Dans la châsse de Saint Augustin est conservé son avant bras droit

Basilique St Augustin à AnnabaLe lendemain, après une nuit passée dans le magnifique hôtel du Mountazah au cœur du village de Séraidi à plus de 1000 mètres d’altitudes, nous entamerons notre deuxième jour de visite. On arrive difficilement à se détacher des lieux. L’hôtel est d’une architecture unique. De la fenêtre de ma chambre, j’ai une vue sur la piscine de l’hôtel qui se prolonge par la mer à 1km au dessous de moi. On se croirait dans une cabine d’un carre- ferry de 20 étages !
A bord du bus, on entame la descente de 30 Km pour arriver à Annaba, soit au niveau de la mer. La ville et son port est au dessous de nous. La route est sinueuse et la descente est lente. Notre bus se transforme en un aéronef en manoeuvre d’atterrissage. Après chaque virage, on perd des dizaines de mètres d’altitude. Une fois, arriver en plein centre ville, des sensations au niveau des oreilles nous rappellent qu’on vient de changer de micro climat en moins d’un quart d’heure.

La basilique d’Hippone se trouve dans la vieille ville. Avant d’y arriver, nous passons, une fois prés de la gare routière, devant le mausolée- moquée de Sidi Brahim. Le patron des saints de Annaba. Juste après, on prend une bifurcation et on est en face de ce qui reste d’une civilisation aussi vieille que l’homme berbère. L’édifice de la basilique est imposant. Perchée sur une colline, elle domine la partie basse de Bouna. Elle est l’une des pièces achevées d’un méga projet qui remonte à 1838 quand un amoureux et fasciné de Saint Augustin, Mgr Dupuch, débarqua à Bône avec l’idée de faire renaître Hippone de ses cendres.
L’actuelle basilique a reçu sa consécration en 1900. Sa garde est confiée depuis 1933 à l’ordre de saint Augustin de Malte. Une façon de confirmer que l’histoire d’Hippone et de sa basilique est liée à celle de saint Augustin.
En effet, en 391, Augustin, porté par sa science et par le peuple, devient prêtre et s’installa à Hippone- la – Royale. Une cité portuaire qu’on peut identifier aujourd’hui à Annaba. De la terrasse de la basilique, on peut admirer les ruines d’Hippone, l’ancienne colonie phénicienne du 12ème siècle avant J.C. Dans le temps, elle fut aussi importante que Cirta et sera dotée par les rois de Numidie du statut de capitale.
Sur les traces des actuelles ruines d’Hippone devrait se trouver une ville romaine prospère avec des rues, des temples, des thermes, un théâtre, des fontaines, des villas et des commerces.

En 396 Saint Augustin devient évêque d’Hippone la royale ; et ce 34 ans durant. Saint Augustin, aimait sa cité, certes, mais il aimait aussi prendre son bâton de pèlerin. Il a beaucoup voyagé. Il est même réputé pour ses voyages autant que pour ses qualités d’homme d’Eglise, de pasteur de notoriété, de controversiste, de théologien et d’écrivain.
Cet amour pour le voyage trouve une partie de ses origines dans le tempérament même de saint Augustin, certes, mais il y a aussi la recommandation du concile générale de 393 obligeant les évêques à multiplier les déplacements. Un concile auquel saint Augustin pris part, par dérogation, alors qu’il n’est que prêtre.
L’évêque de la basilique d’Hippone réalisa son dernier voyage le 28 août 430, à l’âge de 73 ans, ici même, à Hippone, dans une cité assiégée par les vandales qui ont réussi auparavant de s’emparer de Timgad.
Si sa dépouille repose actuellement et depuis le 8ème siècle à Pavie en Italie, c’est dans cette basilique, que se trouve sa châsse où est conservé depuis1848 son avant bras droit.
Ce site est devenu ces derniers temps un véritable point de chute des touristes. La basilique, reçoit une moyenne annuelle de 15 000 visiteurs. Aujourd’hui, dimanche, jour de messe, en plus de notre groupe, des touristes italiens ramenés par un voyagiste tunisien sont sur les lieux.
Celui qui est entrain de devenir au centre d’un véritable produit touristique culturel et religieux est un authentique fils de l’Algérie, de Thagaste plus précisément.


Thagaste ( Souk Ahras).
L’olivier de la ville natale de saint Augustin.
C’est pour rejoindre cette cité qui a donné à l’humanité un homme d’une telle dimension que nous quittons la basilique laissant les fidèles accomplir la messe.
Après 1h 30 de route, en passant par la capitale algérienne de la Sidérurgie, El Hadjar, nous atteindrons Thagaste (Souk Ahras aujourd’hui). La route, bien qu’endommagée en partie par les glissements de terrain, est praticable. Durant le trajet nous découvrons des plaines à perte de vue. C’est certainement la richesse de ce sol qui a favorisé, entre autres, l’implantation de cités aussi renommée que Thagaste.
C’est ici, dans cette cité perchée à 675 mètres d’altitude, que Patricius et sainte Monique ont donné vie un certain 13 novembre 354 de notre ère à l’humanité l’enfant Augustin.
Après un déjeuner traditionnel chez Ami Ali qui nous servira après une chorba fric un couscous aux trois viandes, nous visiterons la seule trace qui reste de cette période. « Ezitouna ».
Le célèbre olivier de Thagaste est, dit-on, contemporain de saint Augustin. C’est ici qu’il venait, enfant, passer des moments sous ses branches. Actuellement, une reproduction d’Augustin fait face à l’olivier qui se trouve dans une des cours de l’actuel siège de l’hôtel de ville. L’olivier, devenu une curiosité touristique de premier rang, est l’objet de toutes les attentions. Des terrasses avec des sanitaires sont en cours d’aménagement. Souk Ahras est entrain de devenir une destination touristique par excellence. Le groupe de touristes italiens nous rejoint comme d’ailleurs nos confrères de la radio locale à l’affût des impressions des touristes.
Né ici, Saint Augustin a vu sa science rayonnait du 4ème siècle à ce jour sur des pans entiers de l’humanité. Une science que l’évêque d’Hippone a construit ses bases élémentaires à Madaure, un véritable pôle culturel, avant de passer par Carthage. Nous laissons Thagaste, pour suivre le chemin que Augustin a emprunté, il y a 19 siècles de cela, afin de rejoindre sa cité- école.
En effet, si saint Augustin présentait, certainement des dispositions intrinsèques pour jouer ultérieurement son rôle de grand père de l’église chrétienne réformée, sa présence dans un pays où rayonnait une civilisation porteuse, a bien facilité les choses.

Madaure ( M’daourouche). Apulée, Maximus et Augustin ont fréquenté ses universités

Madaure, Madauros ou M’daourouch est située entre Thagaste et Cirta. Nous l’atteindrons après 1 h 30 de route. C’est ici, dans cette cité érigée à 1100 mètres d’altitude, que Augustin, un passionné de la littérature latine, a fait ses études de grammaire jusqu’à l’an 369. Ces études seront approfondies, en 372, par d’autres études universitaires à Carthage surtout pour se perfectionner à la rhétorique. L’humanité retient sa célèbre « je n’aimais pas encore et j’aimais à aimer ». Une rhétorique qui s’averra être plus tard, tout un programme pour sa vie rythmée par le désir d’aimer et d’être aimer. Il méritera à juste le titre le qualificatif de «docteur de l’amour et de la grâce».
Universitaire, il fut marqué par « l’hortensius », le célèbre livre de Cicéron. Un ouvrage qui soufflera en lui cette lumière qui vous guide dans votre accession vers la consécration. « Ce livre m’excitait, m’enflammait, m’embrasait à aimer, à chercher, à conquérir, à posséder et à étreindre vigoureusement, non tel ou tel système, mais la sagesse elle même », disait Saint Augustin dans ses confessions.

Madaure fut un pôle culturel et une ville qui rayonnait sur toute la région par le savoir. Elle accéda même au rang de colonie romaine. Si elle est la cité -école de saint Augustin en 4ème siècle, elle est aussi la patrie du grand rhéteur, Apulée, qui brilla en 2ème siècle ou encore du célèbre grammairien contemporain de Saint Augustin et farouche adversaire du christianisme Maximus de Madaure.

Ainsi, dès le 4ème siècle, elle est une cité épiscopale. C'est-à-dire dirigée par une église réformée et où le poids de l’assemblée des évêques est supérieur à celui du pape. Une richesse archéologique non encore répertoriée y témoigne à ce jour. Le site était jusqu’à une date récente en abondant. Une clôture vient d’être érigée. Un musée et un pavillon des commodités sont en chantier. On peut admirer les restes d’un théâtre, d’une bibliothèque, d’un arc, d’une huilerie et de bains romains. Le site qui s’étale sur plusieurs hectares n’a pas encore dévoilé tous ses mystères et trésors.

Ici, à Madaure, je me sens revenir à 20 ans en arrières pour mettre sur le nom de Madaure et de Saint Augustin qu’on découvrait dans le cours de l’histoire de la pensée à la faculté des sciences économiques de Constantine, une photographie des lieux et des icônes.
Le nom de saint Augustin est lié à la réforme de l’église et partant à celle de la pensée de l’humanité. Une réforme qui tendait vers la sacralisation de l’amour entre les hommes. Il fut le précurseur du dialogue entre les civilisations.
L’enfant de Thagaste légua à l’humanité plusieurs œuvres dont sa célèbre « la cité de Dieu » où les hommes crées par le même Dieu, puissent en aimant Dieu s’aimaient sincèrement entre eux et vivre de ce double amour.

Cette Science de saint Augustin est l’aboutissement d’un long chemin jalonné d’enseignement, d’amour et de combat. Il fut 9 ans durant un adepte du manichéisme ( l’homme n’est pas responsable de son propre mal) et du scepticisme ( l’homme est incapable d’aucune vérité). C’est en 387, soit la nuit du 24 au 25 avril, il reçoit le baptême chrétien de la main de saint Ambroise dans le baptistère de Milan.

Nous quittons Madaure pour Constantine, la capitale de la Numidie avec notre groupe de touristes qui va, lui, continuer sa découverte de l’Algérie millénaire à travers les vestiges de Cirta puis de Timgad avant de clôture le tout par une virée dans les palmeraie de Tolga à Biskra aux portes du désert algérie.

Mourad KEZZAR

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