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Création et Réalisation D.M.Chetti - © Jamel Tourisme Collo - Octobre 2005 - Site Actualisé le : 25/02/2008

De notre envoyé spécial à Collo : Mourad KEZZAR

Collo : La belle de la forêt du chêne liège. Deuxième partie :
La baie des jeunes filles : A la source de la fertilité

ColloA 108 kilomètres de Constantine, après nous avoir repoussé à coups de dos d’ânes et de tranchets, Collo finit par se livrer à nous dans toute sa beauté et sa splendeur.

On entame la ville par un magnifique tableau. Une presqu’île, prolongement d’une autre, s’offre aux regards. Des maisons de style colonial nichées sur une colline perdue dans la Méditerranée. C’est le quartier d’El Jarda, un vieux village médiéval surplombant le petit port de pêche. Les turcs, durant leur règne, y ont installé leur administration dont Dar el Hakem et Diar Errias.
Les autochtones , ont mis beaucoup de temps avant d’accepter les turcs venus sur les traces des espagnols. Les ottomans se sont alors installés dans ce quartier, à l’entrée de la ville et tout proche de la mer, par où ils sont venus et par où ils sauveront à plusieurs reprises leurs peaux. En effet; les Achach, peuple de la région, hostiles au départ au turcs comme à tout corps étranger à leur société, et avant de pactiser avec le Bey, menèrent la vie dur aux sujets du Khalifa des deux portes sublimes.
Au niveau de l’ancienne porte située à l’est du quartier d’El Jarda, se trouve la grande mosquée. Cette dernière fut construite par le Bey Ahmed El Kolli en guise de reconnaissance à la ville qu’il dirigea en qualité de Halkem avant d’être promu Bey de Constantine.
Ahmed El Kolli, voyait dans son passage à Collo, la baraka qui lui a ouvert les voies du Beylika.
Aujourd’hui, Djamaa El Kebir est un vestige historique. Construit sur les traces d’une nécropole, il retrace une partie de l’histoire de Chullu dont les écrits le concernant remontent à 530 avant notre ère.
Chaque jour d’été, entre les deux prières d’El Asr et d’el Maghreb, les fidèles ainsi que les pêcheurs en pause entre deux « ramiates » viennent s’allonger à même le sol de sa Tahtaiha.
Ils sont loin de se douter que dans leur léger sommeil ils sont une véritable curiosité touristique.
Un peu plus haut , c’est la placette de la ville où se trouve le monument aux morts érigé par les français dès leur occupation de la ville en 1841. Les lieux gardent dans leur mémoire les événements du 8 mai 1945 quand des scouts musulmans et des jeunes du PPA chahutèrent les festivités des colons et s’ensuivra une vaste opération de persécution contre les populations locales.
Ils gardent aussi, des événements récents comme ces grand débats entres de légendaires Rais , patrons de pêche de la ville, tels les Hioun, les Younes et les Berkan sur la Bafania et la Baradé. Des termes que seuls les initiés au langage des pêcheurs savent déchiffrer.

Un peu plus haut , à quelques mètre de la grande mosquée, se trouve l’église saint André.
Elle a été définitivement fermée au début des années 80 après la mort ou le départ des derniers pratiquants catholiques de Collo. L’Eglise fait office actuellement de centre culturel en attendant d’être classée monument historique, car, comme toute ville tournée vers la mer, Collo a du respect pour toutes les cultures…toutes les religions.

En ce début du mois d’août, Collo est une ville très animée. La circulation automobile est dense et les piétons ont du mal à se frayer un chemin dans les rues de l’ancienne ville coloniale où se concentre l’essentiel des commerces et surtout où se trouve la paradisiaque plage « la baie des jeunes filles ».
Cette plage, est située en plein centre ville dans l’ancien quartier appelé Khat Lahmer.
La baie d’une longueur de prés d’un kilomètre prend source aux limites ouest de la Jarda pour se terminer au pied du mont de Dambo qui la sépare d’une autre baie , celle de Béni Said.
La baie est longée d’un front de mer qui devient route piétonnière une fois le soir arrivée.
Au départ, il y a l’ancien stade municipal qui a vu évolué dès les années 40 différents clubs de football formés grâce à feu Abderhmane Fares , un notaire originaire de la région de Bougie , qui officia dans la ville avant de terminer sa carrière à la tête de l’exécutif provisoire du gouvernement algérien. Il dirigea l’équipe du Rocher noir entre le 19 mars et le 5 juillet 1965.

Un peut plus loin, se sont trois hôtels appartements , construits par des particuliers sur des terrains privés qui offrent depuis quatre ans leurs prestations. De luxueux studios avec des vues sur mer sont proposés aux estivants. Les trois établissements ont fini par fidéliser une clientèle qui cherche le contact direct avec mer sans le vacarme des grandes cités balnéaires.

Au fond de la baie se trouve l’ancêtre des infrastructures hôtelières de la région. L’Hôtel Bougaroun, considéré comme le pôle touristique par excellence de la ville de Collo.
Cet établissement relevant du secteur public s’étale sur une superficie de plus d’un hectare. Un ensemble de 75 chambres dont des suites juniors et seniors sont proposées aux estivants.
Cette année, se sont les œuvres sociales de Sonatrach qui ont préféré « Bougarouniser » l’espace d’un été.
Ils sont venus de différentes régions du pays et de plusieurs plates- formes du sud.
Hamid , cadre supérieur à la Sonatrach est très ému. Il explique : « On a du mal à croire qu’on peut trouver une région chez nous où on a à la fois la qualité de la prestation hôtelière et l’hospitalité des habitants de la cité. Collo et son hôtel Bougaroun sont l’exemple de cette équation encore possible à réaliser ».
Sur la terrasse de l’hôtel, chaque soir, une animation ciblant la clientèle est organisée. Pour le PDG de l’EGT Est, propriétaire de l’hôtel, Abdelmadjid Lakhel Ayat «le défit est énorme. On procède à une nouvelle segmentation , on cherche de nouveaux marchés qu’on pénètre par la maîtrise de tous les éléments du marketing mix ». Le défit est à la portée de l’hôtel si on se réfère au taux d’occupation qui a dépassé de loin le taux moyen enregistré dans la région.
Le long du front de mer, d’autres établissement, dont des cafés- restaurants tels le Harkat, et le Bouasla offrent des soirées animées à leurs clients.

En plus de cette animation intra muros, la baie des jeunes filles vit au rythme d’une autre animation et qui est des plus particulières.
Ce sont les femmes de la cité colliote qui la crée chaque soir. Déjà en 1996 alors que la baie était considérée zone interdite, les femme colliotes envahissaient dès la tombée de la nuit estivale la plage par procession. Elles veillaient jusqu’à une heure tardive sur le sable dans une atmosphère familiale.
Un attentat terroriste les a ciblée l’été 97 mais c’était sans compter avec la rage de vivre de ces femmes dont la pulsion du cœur est plus forte que toutes les bêtises de la mauvaise foie de l’homme.
Une virée nocturne dans la baie des jeunes filles et un moment inoubliable. Comment effacer de la mémoire l’image de ces femmes veillant sur les lueurs de la lune au bord de la mer. Assises à même le sable, la base des pieds teintes au héné tendues vers la mer, elle se laissent caresser par les vagues qui viennent mourir devant elle par respect pour leur force de caractère et par émotion devant leur beauté sauvage.


En fait, l’histoire qu’entretient cette baie avec les femmes est ancienne. Elle ne porte pas gratuitement son appellation de baie des jeunes filles
A l’extrémité de la baie, au pied du mont de Dambo, se trouve une source, Ain Edoula.
De tout le temps, ce lieu a été vénéré tel un Salih par les femmes de Collo. Les nouvelles mariées ou celles qui ont un problème de procréation font un véritable pèlerinage dans cette crique.
On prépare une petite Zerda ( waada) à base de Tamina qu’on ramène avec soi. On allume des bougies , on dresse la Zerda et l’intéressée se lave avec l’eau de la source qui coule à l’année. Selon la légende , si lors de ce rituel apparaît un fruit de mer c’est un signe que la fertilité de la femme est assurée. Si l’animal est de sexe masculin , le nouveau né sera un mâle et s’il est de sexe féminin c’est l’inverse.

A Collo, ce ne sont pas seulement les sources d’eau, donc de vie, qu’on vénère. Il y a un nombre de wali ,Salih , qui ont leurs légendes et leurs adeptes.
En tête d’affiche, Sidi Achour : Le saint de la ville et le père spirituel de la tribu des Achach , les premiers habitants de la cité. On dit que Sidi Achour, dont le mausolée est perché sur une colline haute de 360 marches, veille sur la ville. On lui attribue même la paternité des exploits réalisés durant les années 80 par l’ex équipe de foot locale.

Sidi Achour avait , jusqu’au début des années 90, sa propre Zerda. Dans le village romain de Ain Zida, chaque mois d’août se tient la grande fête selon un rituel bien précis.
Une semaine avant le jour « J » La veille , les familles de Collo, acheminent, via les cafés Boufeida et Bendjemaoun ainsi que l’épicerie Abdelouahab, les vivres pour la réalisation du couscous. Entre temps, la Djemaa organise la quête et achète les bêtes à sacrifier le moment venu.
La veille du jour « J-1 », au crépuscule, les colliotes citadins prennent la route vers le douar de Sidi Achour. Les hommes continueront leur chemin jusqu’au mausolée pour y passé la nuit à faire la prière et à louer dieu , son prophète et ses Salih.
Les femmes, après une escale à Boussabhane, termineront leur course à Ain Zida. Elles seront accueillies dans les familles rurales et prendront part aux préparatifs du couscous de demain sous la direction de la défunte Khalti Fatma.
Lors de leur ascension vers la Zerda, les femmes , accompagnées des enfants, entonnent la célèbre "« Sidi Achour Karab Karab Ana Djit Enzour End El Mahghreb. Ya Essaleh hanou alia hnannet asalah ala el aoulia ». (Sidi Achour approche de moi , je viens te rendre visite au crépuscule. Marabouts ayez pitié de moi avec la même force que vous réserver aux femmes seule et démunies)
Le jour « j » alors qu’une Kermesse est organisée au profit des enfants et une hadra est tenue par El Ikhouane ( qui tirent leurs noms de Ikhouanes Essafa) , on sacrifie les bêtes. La viandes est par la suite distribuée aux membres de la communauté par tirage au sort. L’œil des bêtes est , elle, mise aux enchères. Organe porteur de baraka et indiqué dans la lutte contre les forces du mal , il est très demandé. Le produit de sa vente renfloue la caisse des Ikhouanes , sorte de groupe ésotérique gérant le mausolée.
La Zerda se tient par un vendredi. Le vendredi d’après, les Achach organiseront leurs fêtes de mariage. Entre ces deux rendez-vous , la Djemaa aurait réussi à dénouer les situations conflictuelles nées entre les différentes familles de la tribut durant la période de l’entre Zerda

On ne peut visiter Collo, se baigner dans sa baie des jeunes filles sans veiller dans le mausolée de Sidi Ameur ou de Sidi Abderahmane dont l’un situé en plein centre ville , l’autre à El Jarda.
Sidi Ameur abrite la confrérie des Issawa. A l’inverse de leurs confrères du reste du nord constantinois, les adeptes colliotes de Sidi Aissa n’ont pas apporté de nouveaux instruments à leurs jeux. Ils se limitent au Bendir et à ses dérivés. Les soirées d’été, les Issawa multiplient les Hadra dans leur zaouia ou chez leurs hôtes qui les invitent qui pour célébrer un mariage qui pour …ménager Emalin Eddar ( les esprits de la maison).
L’autre confrérie est celle des Amaria. Cette dernière organise tout l’été et périodiquement des Hadra dans sa Zaouia située à la demeure de son cheikh, le défunt Berzieg.
Les Amaria sont restés fidèles à leur conduite mystique et restent hermétiquement fermés à toute communication avec le monde non affilié à la Tarika. Assisté à leur Hadra , agrémentée d’une zerda est un moment fort qu’on ne peut rater si on est de passage à Collo.

Ainsi, va l’été 2004 à Collo. Les curiosités culturelles se disputent la palme à la mer. Il suffit de décider de ne pas bronzer idiot pour que des secrets vieux de 450 ans avant JC vous soient dévoilés. Enfin , pas tous …
Mourad KEZZAR

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